Qu’est-ce que l’AI slop ?

child scrolling AI videos on tablet in bed

Qui a écrit cet article : une personne, un robot ou une machine entraînée pour prédire quel pourrait être le prochain mot idéal ? En effet, Internet n’est plus ce qu’il semble être : selon certaines estimations, près d’un tiers de tout son trafic serait généré par des bots. Vous avez donc raison de vous demander qui se cache derrière tel article ou telle photo. Le monde virtuel regorge de faux contenu.

Remplir les fils d’actualité et générer du bruit supplémentaire sur Internet est l’objectif d’une nouvelle catégorie de contenu en ligne, conçue pour retenir l’attention, créer de l’engagement et prendre de la place sur les réseaux sociaux. L’AI slop, désigné « mot de l’année » 2025 par le dictionnaire Merriam-Webster, est devenu omniprésent, inondant les clips TikTok, les comptes X et les vidéos YouTube. Il n’offre pourtant pas tout à fait l’expérience divertissante ou éducative que nous souhaitons à nos enfants sur le Web.

L’AI slop peut sembler inoffensif, même s’il est parfois un peu agaçant, mais il peut aussi causer des problèmes. Alors jetons un coup d’œil à la manière dont ce contenu de mauvaise qualité créé par l’intelligence artificielle (IA) affecte la navigation des enfants, leur attention et leur perception du monde.

L’AI slop, c’est quoi ?

On peut définir l’AI slop comme du contenu en ligne de mauvaise qualité, principalement créé en grande quantité avec « l’aide » de l’IA. Celui-ci porte bien son nom, que l’on pourrait traduire par « âneries générées par l’IA ». Désagréable et inutile, il correspond exactement à ce que vous ne souhaitez pas voir circuler dans votre fil d’actualité.

Il peut être difficile d’expliquer la nature de l’AI slop avec précision, surtout qu’il peut être tout simplement bizarre, prenant la forme de scénarios ou d’images que vous n’auriez jamais imaginés dans vos rêves les plus étranges – comme celle de feuilletons à l’eau de rose avec des chats en chaussures à talon, des animaux sauvages s’amusant à sonner chez les gens la nuit avant de s’enfuir ou encore des interviews de bébés d’un an sur leurs premières vacances. 

Les enfants peuvent facilement trouver de telles vidéos dans leur fil d’actualité, lesquelles sont parfois si absurdes ou excentriques qu’ils ont envie de les partager. Prenez la tendance de l’italian brainrot, qui a envahi les Shorts YouTube et les terrains de jeu du monde entier : ce phénomène a vu la naissance d’un requin portant des baskets et d’une tasse de café aux airs de ballerine devenus si populaires qu’ils ont fait l’objet de produits dérivés, comme des cartes à collectionner et des peluches.

S’agit-il seulement de vidéos bizarres ?

L’AI slop, c’est plus que de simples vidéos d’animaux ridicules. Il peut regrouper tout contenu de mauvaise qualité créé par l’IA, que ce soit des textes, des images, des sons ou des vidéos. Une partie de ce contenu vient remplir les fils d’actualité, tandis qu’une autre prétend être utile, comme les articles « rédigés » sans aucun souci d’exactitude, s’agissant de privilégier le volume.

L’AI slop vise à attirer votre attention, d’une manière ou d’une autre. Sous forme de textes, il peut servir à générer des revenus grâce à des publicités diffusées sur le même site (qui dit plus de clics dit plus d’argent). Sur les réseaux sociaux, plus des textes, des vidéos ou des images créent de l’engagement, plus le compte qui les publie a de chances d’avoir du succès. 

Dans certains cas, l’IA slop cache cependant des intentions malveillantes : des personnes ou des organisations peuvent se servir d’outils pour créer des deepfakes de personnes réelles, des messages politiques dans un but précis ou encore des images et des vidéos destinées à arnaquer des internautes.

Comment l’IA slop influence-t-il Internet ?

Si vous avez utilisé les réseaux sociaux en 2025, vous avez probablement déjà constaté l’impact de l’AI slop sur Internet. Quels que soient vos centres d’intérêt, le volume de contenu généré par l’IA est tel que celui-ci est probablement déjà apparu dans votre fil d’actualité sous une forme ou une autre. Les chansons et les playlists sur Spotify, les tutoriels de loisirs créatifs sur Instagram et même les Aperçus IA de Google peuvent être victimes de la « slopification ». L’AI slop inonde les réseaux sociaux, les résultats de recherche des navigateurs et même les librairies en ligne comme Amazon. 

Ce phénomène change la manière dont nous explorons Internet et dont nous interagissons avec lui : les spécialistes du marketing choisissent l’IA pour générer des publicités, les messages sont diffusés par des deepfakes, et des articles douteux mais considérés comme fiables par l’IA permettent d’en publier encore plus. D’ailleurs, au lieu de rejeter ce contenu trompeur, les entreprises s’en servent activement. Problème, alors que certains fils d’actualité sont entièrement générés par l’IA, comme ceux de Sora 2 et de Vibes (Meta), la situation ne peut que s’aggraver. 

teen girl looking at AI videos on phone

L’IA slop est-il dangereux ?

Tous les types d’IA slop ne sont pas dangereux. Par exemple, les vidéos d’un chien animant un podcast à la table de la cuisine de ses propriétaires sont simplement conçues pour être regardées, aimées et même partagées. Pourtant, l’AI slop pose bien quelques problèmes, en particulier chez les enfants. Voici certains éléments auxquels faire attention :

Contenu abrutissant

Ce type de contenu – images ou vidéos courtes bizarres et répétitives – est inoffensif, mais aussi abrutissant. Il fait perdre du temps aux enfants, pollue leur fil d’actualité et donne parfois l’impression d’être aléatoire (ce qui le rend plus amusant à leurs yeux). Le contenu abrutissant comprend souvent des bruits forts, un graphisme lumineux ou d’autres éléments hyperstimulants qui attirent leur attention et les incitent à continuer de regarder les petits clips en question. Or, plus les jeunes interagissent avec lui, plus ils risquent d’en voir davantage dans leur fil d’actualité, ce qui peut finir par les empêcher de trouver du contenu éducatif, divertissant ou utile sur des plateformes comme YouTube.

Désinformation et escroqueries

Alors que les infox (et les renseignements erronés répandus par ignorance ou distraction) n’ont rien de nouveau, l’IA permet d’en produire plus rapidement. Il est donc plus difficile d’arrêter leur propagation, qu’il s’agisse de raconter de fausses histoires pour blesser ou calomnier quelqu’un ou de promouvoir un discours particulier ou des informations générées par l’IA elle-même. Par exemple, un site Web peut publier une nouvelle inventée de toutes pièces, qui est ensuite citée par d’autres publications ou outils d’IA la considérant comme vraie. Il est donc plus difficile de vérifier ce qu’on lit ou regarde et ce avec quoi on interagit en ligne. 

Perte de créativité 

Utilisée avec précaution, l’IA peut être un outil qui nous pousse à explorer davantage ou encourage notre esprit d’invention. Malheureusement, l’AI slop ne fait ni l’un ni l’autre, nuisant à la créativité humaine dans les fils d’actualité des réseaux sociaux. Les photos et les vidéos artificielles peuvent détourner notre attention des véritables créateurs, qui perdent en visibilité car ils doivent rivaliser avec des bots dans un océan de contenu généré automatiquement. 

Érosion de la confiance

Avec la multiplication de ces publications, on en arrive à un point où il faut remettre en question tout ce que l’on voit ou lit sur Internet. Bien qu’il soit sain de faire preuve d’un esprit critique, cette façon de penser sape notre confiance dans des gens et des organisations autrefois bien réputées ou considérées comme des sources fiables. Or, si les enfants ne peuvent pas distinguer le vrai du faux, impossible non plus de savoir à quoi ou à qui faire confiance en ligne, une situation leur compliquant la tâche lorsqu’il s’agit de savoir à qui s’adresser pour demander des conseils ou où vérifier des informations.

Comment repérer l’AI slop ?

L’AI slop prend de nombreuses formes. En effet, il peut s’agir de textes, d’images, de sons ou de vidéos, donc les signes à guetter peuvent varier en fonction de ce qui intéresse votre enfant, d’où l’importance de l’inciter à réfléchir aux différentes manières dont ce contenu peut être façonné ou manipulé. Voici quelques méthodes de vérification – de l’interprétation des indices les plus évidents à des techniques pour encourager sa réflexion :

1. Vérifier la présence éventuelle de filigranes

Les vidéos produites avec Sora, le générateur dédié d’Open AI, présentent généralement un filigrane indiquant leur origine. Cela dit, il existe des outils pour supprimer ce filigrane, tandis que d’autres plateformes n’en insèrent pas du tout. La suppression d’un filigrane peut entraîner l’apparition d’une zone pixélisée ou qui semble avoir été gommée.

 2. Repérer les signes révélateurs de l’IA dans les textes

Malheureusement pour les amateurs du cadratin (—), son utilisation excessive par ChatGPT en fait un signe révélateur de l’IA. Quelle injustice pour les écrivains, journalistes et autres rédacteurs, qui l’utilisent sans problème depuis des années ! Cependant, au lieu de se contenter de rechercher ces tirets longs ou des groupes de mots spécifiques, il vaut mieux analyser tout texte suspect dans son ensemble :

  •       Est-il redondant ? La répétition de formulations peut révéler l’utilisation de l’IA. Les êtres humains sont plus susceptibles de varier les structures, plutôt que de se fier à une seule tournure mémorisée.
  •       A-t-il du sens ? Parfois, l’IA produit des phrases et des paragraphes qui ne donnent pas vraiment de réponse claire ou fournissent des informations incohérentes.
  •       Quel est le message final ? Souvent, les réponses fournies par l’IA éludent les problèmes et restent superficielles. Ce n’est qu’en saisissant des requêtes plus précises que l’utilisateur peut réellement approfondir un sujet, ce que les articles d’AI slop évitent la plupart du temps.
  •       Quelles sont les sources ? Lorsque l’IA cite ses sources, ce qui n’est pas toujours le cas, elles sont souvent incorrectes ou mal formatées.

3. Rechercher un comportement non naturel

L’IA peut imiter les interactions entre être vivants (ne cessant de s’améliorer), mais elle ne parvient pas toujours à représenter les déplacements des personnes et des animaux dans toute leur subtilité, ni ce que l’on peut s’attendre à trouver en arrière-plan d’une photo ou d’une vidéo. Il faut donc guetter les mouvements saccadés, les éléments qui apparaissent ou disparaissent soudainement et les actions illogiques (comme un vélo qui traverse une voiture dans la « circulation » au second plan). 

Par ailleurs, l’IA peut donner au sujet d’une vidéo un aspect anormalement parfait (peau lisse sans texture et absence de frisotis dans les cheveux), tout en étant incapable de produire le même effet dans le fond. Et il arrive que les visages d’une foule soient déformés, qu’un même groupe de bâtiments se répète ou qu’une personne apparaisse plusieurs fois derrière le sujet.

4. Faire attention à la bande sonore

La bande sonore d’une vidéo générée par l’IA peut ne pas lui correspondre : les lèvres d’une personne bougent, mais le son est plus lent ou les propos diffèrent de ceux auxquels on s’attendrait. Dans d’autres cas, le flux audio de l’IA est déformé, la prononciation est complètement incorrecte ou le bruit de fond et les images d’une vidéo ne concordent pas.

5. Penser au contenu

Un moyen bien plus simple de repérer l’AI slop consiste à encourager votre enfant à se demander si ce qu’il ou elle consomme est vraiment possible ou plausible. En outre, il est essentiel de vérifier le compte qui publie une vidéo ainsi que l’origine et les sources de cette dernière : si un profil publie beaucoup de contenu généré par l’IA, il y a de fortes chances qu’il ne soit pas réel ; s’il a été créé récemment, c’est suspect.

Si certaines imperfections de l’IA slop sont plus évidentes que d’autres, la technologie qui se cache derrière ce contenu évolue en permanence. Les signes révélateurs peuvent disparaître d’un mois à l’autre ou au fil des progrès réalisés, donc il est important d’apprendre aux enfants à faire preuve d’un esprit critique quant à ce qu’ils consomment, de leur poser ouvertement des questions sur les choses qu’ils aiment et les utilisateurs avec qui ils interagissent, et de leur expliquer vers qui se tourner s’ils ont des doutes lors de leur navigation.

En vous impliquant dans les expériences en ligne de votre enfant, en lui parlant de son contenu préféré et de ses interactions ainsi qu’en lui transmettant les compétences adéquates, vous pouvez l’aider à ignorer le bruit qui règne dans le monde virtuel et, surtout, à explorer ce dernier en toute confiance.